Un dégât des eaux dans un commerce ne détruit pas seulement un plafond ou un stock : il peut fermer la boutique, le restaurant ou le cabinet pendant des jours ou des semaines. L’indemnisation doit donc couvrir à la fois les dommages matériels (locaux, aménagements, marchandises, matériel) et la perte d’exploitation. Ce sont deux calculs distincts, et c’est souvent sur le second que l’écart avec l’assureur est le plus important. Voici comment défendre un dossier de dégât des eaux professionnel.
Les dommages matériels à faire chiffrer
- Locaux et aménagements : plafonds, cloisons, revêtements, agencements de boutique, comptoirs, vitrines. Le commerçant locataire est souvent propriétaire de ses aménagements : ils doivent figurer à son contrat.
- Marchandises et stocks : à leur valeur d’achat ou de remplacement selon le contrat, avec inventaire et factures.
- Matériel et équipements : informatique, caisses, équipements de cuisine, chambres froides, machines.
- Frais annexes : recherche de fuite, séchage, décontamination pour les métiers de bouche, frais de remise en conformité sanitaire.
La perte d’exploitation
Si votre contrat la prévoit, elle indemnise la baisse de marge brute pendant la fermeture et la reprise progressive, ainsi que les frais supplémentaires engagés pour limiter la perte. Points clés :
- La franchise, souvent exprimée en jours.
- La période d’indemnisation, qui ne s’arrête pas à la réouverture si la clientèle met du temps à revenir.
- Le chiffre d’affaires de référence, à établir sur l’historique corrigé de la saisonnalité et de la tendance.
- Les frais supplémentaires : location de matériel, ouverture provisoire, heures supplémentaires, communication.
Voir perte d’exploitation après sinistre.
Qui paie, en immeuble
La plupart des commerces sont situés en pied d’immeuble, sous des logements. Si la fuite vient d’un appartement ou des parties communes, la convention IRSI organise la gestion entre assureurs selon le montant des dommages du local. Au-delà de 5 000 € HT, ce qui est fréquent pour un commerce, chaque assureur reprend la gestion selon le droit commun. Le commerçant déclare à son propre assureur, qui l’indemnise et exerce ensuite son recours.
Les bons réflexes
- Coupez l’eau et l’électricité dans la zone touchée, sécurisez la clientèle et le personnel.
- Photographiez les dommages, les stocks, le matériel, avant tout tri.
- Prévenez le voisin, le bailleur, le syndic selon l’origine probable.
- Déclarez dans les 5 jours ouvrés à votre assureur multirisque professionnelle.
- Faites un inventaire des marchandises touchées et conservez-les jusqu’au passage de l’expert si l’hygiène le permet.
- Étudiez une réouverture partielle ou provisoire, et faites-la valider par écrit avec l’assureur si possible.
- Rassemblez vos données comptables mensuelles.
Les points de friction fréquents
- Des aménagements non déclarés ou sous-assurés : règle proportionnelle de capitaux.
- Une période d’indemnisation de la perte d’exploitation arrêtée trop tôt.
- Des marchandises évaluées à un prix inférieur à leur coût de remplacement.
- Des frais supplémentaires refusés faute d’accord préalable.
- Des délais de remise en état sous-estimés, qui réduisent la période indemnisée.
Le rôle de l’expert d’assuré
Pour un commerce, l’expert d’assuré chiffre les dommages matériels et, avec l’expert-comptable, la perte d’exploitation. Il défend un planning de travaux réaliste, condition de la durée indemnisée, et coordonne avec les assureurs du bailleur, des voisins et de la copropriété. Voir dégât des eaux mal indemnisé et contre-expertise perte d’exploitation.
Le cas des métiers de bouche
Pour un restaurant, une boulangerie ou une épicerie, l’eau touche aussi l’hygiène. Les denrées en contact avec une eau souillée doivent être détruites, les surfaces désinfectées, parfois la chambre froide démontée et nettoyée. La réouverture peut être conditionnée à un nettoyage professionnel et, dans certains cas, à un contrôle sanitaire. Ces frais et ces délais font partie du sinistre : faites-les documenter (factures, attestations, photos des denrées détruites) et intégrer au chiffrage comme à la période de perte d’exploitation.
Exemple de raisonnement
Exemple illustratif. Une boutique de prêt-à-porter subit une fuite venant de l’appartement du dessus un samedi de soldes. Plafond effondré, cabines et 200 articles abîmés, fermeture de dix jours. Le chiffrage comprend la reprise du plafond et des cabines, les articles au coût de remplacement, le séchage, puis la perte de marge sur dix jours de fermeture en période de forte affluence, et deux semaines de reprise progressive. La période de soldes et le chiffre d’affaires de l’année précédente sur les mêmes dates servent de référence. Sans cette analyse, la perte calculée sur une moyenne annuelle aurait été nettement sous-estimée.
Questions fréquentes
Je suis locataire de mon local. Qui assure quoi ?
Le bailleur assure en général le bâtiment ; vous assurez vos aménagements, votre matériel, vos marchandises, votre responsabilité et votre perte d’exploitation. Le bail précise la répartition.
Puis-je rouvrir avant l’expertise ?
Oui, après avoir documenté les dommages. Rouvrir limite la perte d’exploitation, ce que le contrat vous demande généralement de faire.
Mes salariés sont au chômage pendant la fermeture. Est-ce couvert ?
Les salaires font en principe partie de la marge brute assurée, selon la définition du contrat.
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Mis à jour en novembre 2026.