Après un incendie, la contre-expertise suit un déroulé précis : sécuriser et conserver les preuves, comprendre le contrat, faire chiffrer le bâtiment et les biens, négocier en réunions contradictoires, puis suivre les paiements jusqu’au complément valeur à neuf. Chaque étape a ses pièges. Voici le parcours complet, tel que le mène un expert d’assuré, pour que l’indemnité couvre réellement la reconstruction et le remplacement de ce qui a été perdu.
Étape 1 : les premières 48 heures
- Obtenez l’attestation d’intervention des pompiers.
- Faites sécuriser le bâtiment : bâchage, fermeture des ouvertures, coupure des réseaux, gardiennage si nécessaire.
- Photographiez et filmez toutes les pièces, y compris celles seulement enfumées.
- Déclarez le sinistre dans les 5 jours ouvrés.
- Organisez votre relogement et gardez toutes les factures.
L’expert d’assuré, s’il est mandaté à ce stade, vous dit quelles mesures prendre et lesquelles différer pour ne pas détruire de preuves.
Étape 2 : l’analyse du contrat
L’expert relève les garanties mobilisables : bâtiment, mobilier, objets de valeur, frais de démolition et de déblaiement, décontamination, mesures conservatoires, relogement ou perte d’usage, perte de loyers, perte d’exploitation pour un professionnel, honoraires d’expert. Il vérifie la valeur de remboursement (valeur à neuf, vétusté plafonnée) et les conditions du complément valeur à neuf, souvent liées à la reconstruction dans un délai donné.
Étape 3 : l’état des lieux technique
Un incendie atteint bien plus que les zones brûlées :
- structure : charpente, planchers bois, poutres métalliques déformées par la chaleur, bétons éclatés ;
- fumées et suies : elles se déposent dans toutes les pièces, les gaines, les isolants, les réseaux de ventilation, et sont corrosives ;
- eau d’extinction : dégâts des eaux dans les étages inférieurs et chez les voisins ;
- réseaux : installation électrique à reprendre, plomberie, chauffage.
L’expert peut demander des analyses de contamination et un diagnostic de structure pour définir la méthode de remise en état : nettoyage spécialisé, décontamination, démolition partielle ou reconstruction.
Étape 4 : le chiffrage du bâtiment
Il est établi poste par poste : démolition et évacuation, décontamination, structure, couverture, menuiseries, réseaux, cloisons et doublages, revêtements, embellissements, maîtrise d’œuvre si nécessaire. Les quantités sont mesurées sur place, les prix appuyés sur des devis d’entreprises qualifiées et actualisés.
Étape 5 : l’état des pertes
C’est souvent le poste le plus sous-évalué. L’expert vous aide à reconstituer, pièce par pièce, l’ensemble des biens : meubles, électroménager, vêtements, linge, vaisselle, livres, outillage, provisions, objets de valeur. Il rassemble les justificatifs possibles (factures, relevés bancaires, photos, garanties) et propose des valeurs de remplacement cohérentes.
Étape 6 : les réunions contradictoires
Pour un incendie important, plusieurs réunions sont nécessaires : constat des dommages et des mesures d’urgence, méthode de réparation, chiffrage du bâtiment, état des pertes. À chaque étape, l’expert d’assuré défend son analyse face à l’expert de la compagnie, et fait acter les points d’accord.
Étape 7 : les acomptes
N’attendez pas l’accord global pour être payé. Demandez des acomptes sur les montants non contestés : ils financent le relogement, le rachat des biens essentiels et le démarrage des travaux.
Étape 8 : l’accord et le règlement
L’accord sur le montant des dommages est formalisé dans un procès-verbal. Vérifiez qu’il distingue la valeur d’usage, versée immédiatement, et le complément valeur à neuf, versé sur justificatifs de reconstruction ou de remplacement. Ne signez pas de quittance qui solde définitivement le dossier si le complément reste à percevoir.
Étape 9 : la reconstruction et le complément valeur à neuf
Pendant les travaux, conservez toutes les factures et respectez le délai prévu au contrat pour reconstruire. L’expert d’assuré suit la présentation des justificatifs et le versement du complément. Beaucoup d’assurés perdent ce complément faute d’avoir respecté ces conditions.
Le cas des incendies en immeuble
Dans un immeuble, un incendie touche souvent plusieurs lots et les parties communes. L’assurance de la copropriété intervient pour le bâti commun et parfois pour les parties privatives, selon le contrat ; chaque occupant déclare à son propre assureur pour ses biens. La convention IRSI organise la gestion entre assureurs pour les incendies comme pour les dégâts des eaux. Les travaux sur les parties communes doivent être votés ou engagés par le syndic, ce qui allonge les délais. L’expert d’assuré veille à ce que votre lot ne soit pas oublié dans cette coordination, et que vos embellissements, votre mobilier et votre relogement soient indemnisés sans attendre la fin du chantier de l’immeuble.
Les délais
- Déclaration : 5 jours ouvrés (article L.113-2 du Code des assurances).
- Action contre l’assureur : 2 ans à compter du sinistre (article L.114-1), délai interrompu par la désignation d’un expert.
Voir aussi ce que couvre l’assurance en cas d’incendie et notre page expertise incendie.
Questions fréquentes
L’incendie est parti chez mon voisin. Qui m’indemnise ?
Votre assureur, qui se retourne ensuite contre l’assureur du responsable. N’attendez pas la recherche de responsabilité pour faire valoir vos droits.
Puis-je reconstruire différemment ?
Souvent oui, dans la limite de l’indemnité et des conditions du contrat. Faites valider le projet avec l’assureur avant de lancer les travaux.
Combien de temps dure un dossier incendie ?
De quelques mois pour un sinistre limité à plus d’un an pour une reconstruction complète. Les acomptes évitent de rester sans financement.
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Mis à jour en novembre 2026.